Ouverture du premier sceau
BÊTISE

Jésus dit à ses disciples :

Moi, je suis le cep, le vrai, et mon Père est le vigneron.

Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l'enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il le purifie, pour qu'il en porte davantage. Purs, vous l'êtes déjà, vous, grâce à la parole que je vous ai dite. Restez en moi, de manière que je sois en vous. De même que le sarment ne peut porter du fruit par lui-même s'il ne reste sur le cep, ainsi vous non plus, si vous ne restez en moi.

Moi, je suis le cep ; vous, les sarments.

Celui qui reste en moi, de manière que je sois en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car séparés de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne reste pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche ; et les sarments secs, on les ramasse et on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous restez en moi et que mes paroles restent en vous, demandez ce que vous voulez, et cela vous arrivera. †1

Vous qui lisez ces lignes, vous êtes un sarment, comme chaque personne sur cette terre. Pour vivre, se développer et porter du fruit, tout sarment se nourrit non seulement de la sève qui vient du cep (buvez mon sang), mais aussi de sa substance (mangez ma chair). Séparé du pied qui l'alimente, il est évident qu'un sarment ne peut survivre bien longtemps, et encore moins produire.

C'est pourquoi Jésus dit : « Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » †2, et que Paul affirme aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie et le mouvement et l'être » †3 ; écrivant de même aux Colossiens : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ » †4. En eux-mêmes, les hommes, comme les sarments, sont donc sans vie !

« Si vous ne restez pas en moi, je ne pourrai plus être en vous ; vous ne pourrez alors plus manger ma chair, ni boire mon sang, et vous mourrez d'inanition », dit en substance le cep aux sarments. Car une maladie a touché les rameaux de la vigne, provoquant leur chute. Le vigneron est alors intervenu plusieurs fois, traitant ou émondant ici et là pour éviter la contamination de proche en proche. Malgré cela, la situation a empiré. À une époque qui sert maintenant de point de repère pour mesurer l'évolution du Mal, il lui a fallu opérer des coupes sombres. Après ce traitement de choc, la maladie a régressé, et le plant a encore porté du fruit. Finalement, elle est revenue en force, menaçant le pied de vigne de stérilité totale et définitive.

Quel est ce mal terrible ? La bêtise, simplement : les sarments se détachent du cep qui les alimente… pour s'en aller mener une vie libre et indépendante, à l'instar de “ l'enfant prodigue ”, autre image †5 de ce livre que le Père tend aux hommes comme un miroir, mais qu'aucun ne veut pour l'heure regarder en face. Dans la première partie de cet ouvrage, la bêtise est représentée par un serpent, la plus rusée de toutes les bêtes des champs †6, car la bêtise n'est pas l'imbécillité ; dans la dernière, par une trinité de bêtes : le Dragon (l'ancien serpent), la Bête (qui monte de la mer), et le Faux prophète (la bête qui monte de la terre) †7.

C'est l'histoire de ce bestiaire infernal, de cette bêtise contagieuse et meurtrière, que vous devez connaître si vous voulez tirer votre épingle d'un jeu qui va mal se terminer. Habituellement, le sujet n'intéresse personne, mais à la chaleur desséchante du feu de sarments que le Vigneron vient d'allumer, les rameaux encore imprégnés d'un peu de sève vont bientôt comprendre qu'il vaut mieux remonter au plus vite sur le cep qui leur a donné la vie, plutôt que brûler avec le bois mort !

Adoptez donc l'opportunisme de “ l'enfant prodigue ” qui, parti de chez lui avec sa part d'héritage, s'imaginait avoir de quoi mener une vie libre et indépendante †8. Ayant douloureusement réalisé qu'en s'éloignant de son père, il s'était coupé de ses moyens de subsistance, il est finalement rentré penaud à la maison. Il avait compris à ses dépens qu'on ne transige pas avec la Réalité : il faut s'y conformer, ou périr.

Reste que, pour rentrer chez soi, il convient de suivre le bon chemin. Malheureusement, le Monde n'est que ténèbres, et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va †9.




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