Ouverture du cinquième sceau
LOGOS

Petits enfants, au milieu de la foule de ceux qui se dressent contre tout ce qui est appelé Dieu ou est objet de dévotion †1, et de tous ceux qui disent : « Seigneur, seigneur ! » †2, se trouvent des hommes et des femmes qui, comme les samaritains, adorent ce qu'ils ne connaissent pas †3. Ils pensent aimer Jésus, garder sa parole et ses commandements, mais ne sont pas certains qu'Il ait élu domicile chez eux. Cette incertitude vient de ce que les faux prophètes ont implanté en eux des mensonges en lieu et place de l'Enseignement véritable.

Comme Pierre, avant qu'il ne reçoive l'Esprit Saint, leurs pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. †4 Comment donc Celui qui dit à son premier apôtre : « Va-t'en, arrière de moi, Satan ! Tu m'es un obstacle » †5 pourra-t-Il dès lors venir vers eux ? Il est clair que le Père et le Fils ne feront chez eux leur demeure que lorsque leurs pensées ne seront plus celles des hommes, mais celles de Dieu ; c'est-à-dire, lorsqu'ils ne croiront plus en l'enseignement des hommes, mais en celui de Dieu.

Ces hommes et ces femmes, ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation, †6 c'est-à-dire vous, petits enfants. Vous avez essayé de blanchir vos robes en les lavant dans le sang de l'Agneau †7 – d'aimer Jésus et de garder ses paroles –, mais, conditionnés par des années d'étude d'un enseignement contraire, vous entretenez toujours, malgré vos efforts, des pensées qui sont celles des hommes.

Or, Jésus ne transige pas : « Qui n'est pas avec moi, est contre moi » †8, dit-il. Si vous voulez que le Père – Celui qui est assis sur le trône †9 – dresse sa tente au-dessus de vous, il faut vous laisser guider par l'Agneau vers ces sources d'eaux de la vie †10 que sont les paroles de Celui qui est, qui était et qui sera †11, jusqu'à ce qu'enfin vos pensées soient celles de Dieu, puisque « les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » †12

Mais CE QUI EST ne s'apprend pas : sa connaissance est immédiate. Ce qui s'apprend, c'est ce que l'Homme invente. Autrement dit, ce qui est faux, ce qui n'est pas, voilà ce qu'il faut apprendre par cœur, ce qu'il faut retenir, de peur que cela ne s'évanouisse comme un rêve. D'où les années d'études obligatoires, où l'apprenant s'engage à chaque leçon un peu plus profondément dans les ténèbres du dehors, sans espoir de retour.

« Scrutez », petits enfants, et vous verrez que toutes les lignes de l'Écriture convergent vers un point unique : la Fin du Monde. La fin de ce monde fictif que chaque génération doit apprendre et réapprendre, parce qu'il ne tient son existence que de la foi des hommes, c'est-à-dire de l'endoctrinement que le Faux prophète fait subir à tous. Mais les fantasmes, même hypostasiés, ne sont pas éternels : tôt ou tard les idoles s'écroulent †13. Alors les chefs de ce monde, croyant pouvoir conjurer l'inéluctable, remettent l'accent sur l'Éducation, ignorant que le ver est dans le fruit…

En instillant en effet le doute dans les esprits en même temps que leurs idées fausses, les faux prophètes comptaient se libérer de la parole de Vérité, c'est-à-dire, se débarrasser de Dieu. Mais ces déicides sont finalement victimes du poison qu'ils ont répandu. Minée par le doute, la fragile cohésion de leur monde est compromise ; chaque citoyen de la Grande Cité †14 – fidèle à l'enseignement qu'il a reçu – cultive sa liberté de pensée et relativise : plus il doute, et plus la Civilisation se désagrège ; plus la Civilisation s'effondre, et plus il doute.

Car il existe comme une relation de cause à effet entre ce que l'on croit et ce que l'on voit, petits enfants, mais elle ne s'inscrit pas dans le temps : c'est juste un rapprochement, une analogie qui vise à vous faire passer sans rupture, des pensées des hommes à celles de Dieu, à lancer provisoirement une planche de salut par-dessus le gouffre qui sépare ces mondes antinomiques.

L'enseignement de Dieu affirme que vous êtes des dieux †15, puisque tout est possible à celui qui croit †16 – même si c'est à des mensonges. Autrement dit : tout vous est permis, mais tout ne profite pas. †17 Ainsi, ce que vous croyez aujourd'hui, vous le devez à une éducation qui vous a été imposée par des hommes et des femmes qui rejettent l'enseignement de Dieu ou n'y comprennent plus rien. Comment donc cette inscience pourrait-elle vous être profitable ?

La science à laquelle vous croyez est celle que les hommes ont inventée, pas celle qui est inscrite dans le livre posé sur la main droite de Dieu. Relayés par les enseignants, les “ chercheurs ” vous ont fait croire qu'ils découvraient des vérités cachées – des mystères de la nature –, mais ils n'ont jamais rien découvert qui ait préexisté à leur recherche. Confondant recherche et création, ils ont inventé des êtres là où il n'y en avait qu'un seul. †18

Car les faux prophètes, comme tous les hommes, sont des dieux créateurs, mais des dieux inféodés à la Bête et au Serpent – c'est-à-dire à la Bêtise et l'Ignorance. « Cherchez et vous trouverez †19 », aurait pu être leur devise, s'ils ne s'étaient pas, malgré leurs facéties, toujours pris au sérieux. La seule chose que l'on puisse en effet trouver en cherchant n'est pas une chose, mais Celui qui est – d'où l'exhortation précédente. Pourtant, si un chercheur, feignant de ne pas voir l'Évidence, trouve “ quelque chose d'autre ”, on dit alors qu'il fait une découverte !

Or, tout est vanité et poursuite de vent †20 – TOUT EST VIDE. À moins d'être égaré par autrui au point de ne plus reconnaître son Père : il n'y a rien à chercher ou à trouver.

Si aujourd'hui vous avez besoin de lire ce cours sur la Réalité, c'est parce que l'Adversaire est parvenu à vous faire entrer dans une espèce de palais des glaces cosmique. Vous vous évertuez à en sortir, mais tout ce que vous voyez vous égare. Tant que vous chercherez hors de vous et sans méthode, vous n'arriverez jamais à rien, car ce monde trompeur, c'est dans votre esprit, au cours de votre éducation, que les faux prophètes l'ont assemblé – et « votre esprit » n'est lui-même qu'un élément de cet assemblage…

Croyez donc à ce que vous avez appris, et vous resterez prisonniers du monde ; essayez de ne plus y croire, et vous en serez exclus : dans les deux cas vous souffrirez. Seule une connaissance technique précise du fonctionnement de la Réalité peut changer votre regard sur les choses et vous libérer de leur esclavage : voici donc l'essentiel de la Science divine…


Le livre posé sur la main droite du Père, écrit au recto et au verso †21, comporte deux Testaments (une face par alliance), avec chacun son point d'entrée repéré (en français) par ces deux mots :

« Au commencement » †22

Vous pouvez donc commencer votre lecture de la Bible (telle qu'elle se présente aujourd'hui) par les premières pages de la Genèse, ou sauter directement au début du Quatrième Évangile. Dans le premier cas vous abordez l'Écriture sans aide et sans guide, comme si vous viviez au premier siècle avant l'ère chrétienne (la Bêtise d'alors était la même que celle d'aujourd'hui) ; dans le second cas, vous prenez le Christ pour guide et lisez par ses yeux le texte de l'ancienne Alliance. Paul écrivait :

Jusqu'au jour d'aujourd'hui,
à la lecture de l'ancienne Alliance,
le même voile demeure sans être levé,
parce que c'est en Christ qu'il disparaît. †23

À cause des dégâts causés par l'hellénisme, l'Écriture (dans sa forme antique) est déjà scellée – « voilée », dit Paul. S'incarnant en la personne de Jésus de Nazareth, Dieu vient lever le voile qui la recouvre. Comme vous le savez, cette révélation se passe mieux sur le chemin d'Emmaüs †24 qu'à Nazareth †25 . Mais Dieu n'est pas seulement venu faire des explications de Textes, Il vient aussi stériliser par le feu tout ce que la tradition de l'Homme a contaminé – jusqu'à Sa propre maison ! – afin d'assainir la Création pour mille ans.

« Je suis venu jeter un feu sur la terre,
et comme je voudrais que déjà il soit allumé » †26

confie le Fils à ses disciples.

C'est que la science de Dieu et la science des hommes – en particulier celle de la quatrième Bête de Daniel – sont aux antipodes l'une de l'autre, même quand leur terminologie coïncide. L'Esprit Saint ne cohabite pas avec l'esprit impur ; aucun compromis n'est possible, car tout syncrétisme se fait au détriment de la science de Dieu : à la moindre tentative d'accommodation, c'est la bêtise humaine qui l'emporte.

Décrivant l'Évidence, la science divine n'a en effet été formulée qu'en réponse aux différentes phases de l'enseignement mensonger élaboré par les hommes à chacune de leurs civilisations (les différentes Bêtes, i.e. les différentes formes de Bêtise) – elle n'évolue donc pas d'elle-même.

Avec la prolixe et prolifique science de l'Homme, au contraire, s'agrandit le Monde, et avec lui, le réseau de bibliothèques et de machines électroniques, remplies de notices, manuels, dictionnaires, encyclopédies, commentaires et autres données, où les choses sont définies les unes par rapport aux autres sans que jamais on puisse en trouver une seule qui soit par elle-même – preuve que les choses ne sont pas, que le ciel et la terre ne sont pas remplis de choses qui sont :

Je t'en prie, mon enfant,
lève les yeux vers le ciel et la terre, examine tout ce qui est en eux,
et comprend que DIEU LES A FAITS DE CHOSES QUI NE SONT PAS,
et que la race des hommes est faite de cette manière. †27

Mais “ qu'est-ce qu'une chose qui n'est pas ” ? C'est ce qu'expliquent les textes qui se trouvent à chaque point d'entrée de la Bible. Ainsi, le premier, intitulé : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre †28 », explique en sept « jours » la création des phénomènes, choses et créatures – Homme et Femme compris – qui constitueront ce que la Bible appelle « le ciel et la terre ». À elle seule, la première création, celle de la lumière, révèle le principe de toute création :

Dieu dit : « Que la lumière soit ! », et la lumière fut. †29

Dès le début, La Bible est donc formelle : les “ choses ” sont créées par la parole. Pas par la parole de l'Homme, puisqu'il n'existe pas encore, mais par la parole de Dieu. Reste à comprendre comment, techniquement, fonctionne cette création – quelle est la nature des choses ainsi créées. Restent-elles, par exemple, au stade de “ paroles divines ”, ou accèdent-elles véritablement à l'Être ?

Pour ceux qui croient à la fois en ce qu'ils voient, aux êtres inanimés, aux êtres vivants, à leur être personnel et en Dieu, la seconde hypothèse s'impose. Par son double emploi du verbe être, la citation précédente paraît en effet explicite… Voulant que la lumière accède à l'Être, Dieu dit : « que la lumière SOIT » ; Dieu ayant a priori tous les pouvoirs, Il doit aussi avoir celui de créer d'autres êtres que Lui – même si c'est irrationnel et en contradiction avec plusieurs passages de l'Écriture. Pour ces idolâtres, donc : « la lumière FUT » – la lumière EST. Tout comme Dieu !

Mais cette façon de voir les choses pose au moins deux problèmes. D'après la citation, la lumière, comme tout ce qui sera ensuite créé, n'existe pas de toute éternité. Son existence commence quand Dieu dit : « Que la lumière soit ». Tout ce qui commence ne doit-il pas également un jour finir ? Dieu, l'Être par excellence, Lui, n'a ni commencement, ni fin ; Dieu n'a pas été créé. L'être de Celui qui dit s'appeler « Je suis » est-il dès lors le même que celui de ses créatures ? Y a-t-il un Être véritable et des simulacres ?

Second problème : la pétition de principe commise par ceux qui ne peuvent se départir de l'idée de lumière gravée en eux par leur éducation. Dans leur esprit, la lumière EST déjà ; elle préexiste quelque part à sa création : c'est une réalité éternelle. Dieu ne fait en quelque sorte qu'allumer la lumière : il ne la crée pas. Ces gens sont éventuellement prêts à admettre ce que dit la Bible, mais, dans le même temps, leurs pensées sont celles des hommes : la lumière est à leur insu une constante étroitement liée aux grandes lois de l'Univers : E=mc2 !

Prenez donc garde aux portes qui s'ouvrent devant vous, petits enfants. Disserter sur l'Être ou les Idées mène droit à la philosophie : ne vous engagez pas sur cette voie, seuls y prospèrent les bandits de grands chemins. Les pensées des hommes reposent sur une base d'idées fausses admises par tous comme des évidences, sans examen critique. Bien qu’aucun raisonnement sain ne puisse germer sur cette couche subliminale d'idées reçues, il ne faut pas pour autant laisser son imagination occuper le terrain.

Ainsi, quand Dieu dit : « Que la lumière soit » cela veut seulement dire « Soit : la lumière » ; ou, si vous préférez, en employant un « nous » divin : « Posons la lumière ». Il faut se sortir de l'esprit que le mot ou le nom « lumière », le concept ou l'idée de lumière préexistent quelque part en Dieu ou dans un réservoir des archétypes. Dieu « pose », invente la lumière, comme un chercheur pose une nouvelle hypothèse, ce que confirme la première moitié du verset suivant : Dieu vit que la lumière était bonne. †30

La lumière EST donc, mais elle EST « en Dieu » (hypothèse qui sera bientôt confirmée par l'Écriture) ; Elle « EST » dans un contexte qui lui confère cette imprégnation particulière ; elle EST, mais pas au même niveau que Dieu, pas comme Dieu EST : la lumière existe, elle a paru (cette terminologie permet de ne pas mettre sur le même plan Créateur et créatures).

Mais il ressort de ce qui précède, que la Divinité constitue la grande inconnue du problème – de tous les problèmes. Si Dieu était connu, toutes les solutions seraient connues. Or, les deux dernières citations proviennent du texte qui se trouve au premier point d'entrée. Essayer de lire l'ancienne Alliance sans référence à ce que Jésus a dit, c'est se heurter à coup sûr à un double verrouillage. Il faut donc se tourner vers le Fils pour sortir de l'inconnu, comme le suggère le texte qui se trouve au second point d'entrée :

Dieu, personne ne l'a jamais vu ;
un dieu fils unique qui est dans le sein du Père,
Celui-là l'a fait connaître. †31

C'est par conséquent dans le Nouveau Testament qu'il faut chercher main forte. Celui-ci contient les paroles que le Fils a dites, mais aussi, ce que ses disciples et apôtres ont dit : toutes informations qui permettent de lever le voile qui recouvre l'Ancien Testament, et de lire aussi bien le recto que le verso du Livre posé sur la main droite de Dieu.

Au début du texte qui se trouve au point d'entrée chrétien, le disciple que Jésus préférait introduit un nouveau terme. Reprenant le récit de la Création, il écrit : Au commencement était le logos†32 « Logos » est un terme grec dont l'usage est alors très répandu dans l'Orient méditerranéen. Cher aux philosophes grecs, il signifie « parole » ou « raison ». Les traducteurs modernes de la Bible le rendent habituellement par « Parole » ou par « Verbe », avec une majuscule, puisque, comme l'indique la fin du verset : le logos était Dieu. †33

Mais pour ceux qui, comme vous, petits enfants, essaient d'accéder à la Connaissance, le choix d'un terme aussi notoire a une conséquence pratique immédiate : connaissez le logos – c'est-à-dire, ouvrez un dictionnaire grec-français à « logos » – et vous connaîtrez Dieu ! Vous y verrez que « parole » et « raison » ne sont pas les seules acceptions d'un terme qui en comprend de nombreuses, mais qu'elles définissent deux catégories qui regroupent toutes les autres. Dans la première se trouve tout ce qui dérive de la parole en tant qu'expression ; dans la seconde, tout ce qui, dans l'esprit, fonde la parole.

« Logos » englobe donc le processus de la parole dans son ensemble, sous ses deux aspects interne et externe, causal et effectif. Le traduire par « Parole » ou par « Verbe » tend à escamoter ce qui relève de l'esprit, et à occulter les significations de la seconde catégorie : raison, intelligence, fondement, jugement, opinion (i.e. croyance), évaluation (l'Homme est celui qui évalue †34), etc. Indiquer par une majuscule qu'il y a sous ces deux mots un mystère divin ne suffit pas. Le lecteur est alors privé de la plus grande partie de l'information que Jean lui destinait : mieux vaut s'en tenir à un terme qui de toute manière est passé dans la langue française.

« Logos » se présente donc comme un iceberg dont il ne faut en aucun cas ignorer la partie immergée : c'est la plus importante et la plus lourde de sens. Au commencement était donc le logos, et le logos était Dieu. Par lui tout a paru, et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru. †35 Le logos est par conséquent ce qui créa la lumière et tout ce qui constitua dans la suite des jours, le ciel et la terre. Jean est catégorique : rien – pas même une chose – n'a paru autrement que par cette parole intégrale qui est expression verbale de l'esprit.

Car l'esprit s'exprime, l'esprit fonctionne. Il raisonne, pense, réfléchit, juge, croit, évalue, génère des discours (“ intérieurs ” ou non). Existe-t-il un terme unique qui puisse globalement désigner toutes ces fonctions ? Vous connaissez déjà la réponse : d'après le dictionnaire, « logos » convient parfaitement. Le logos est la fonction de l'esprit. Mais de quel esprit, demanderez-vous peut-être ? De l'esprit humain ou de l'esprit de Dieu ? En matière de religion, il ne faut jamais laisser libre cours à son imagination : vous êtes obligés de faire avec ce que vous avez, et vous n'avez que vous-mêmes, votre esprit et l'Écriture.

Or, l'esprit est… l'esprit. Par exemple, l'Esprit de Dieu et l'esprit d'un élu ne font pas deux. Paul dit : « Celui qui s'unit au Seigneur est un seul esprit †36 ». Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce que Dieu est esprit †37 et que Dieu est seul †38 – parce que L'ESPRIT EST SEUL †39. Il n'y a pas d'autre Réalité. Celui qui ne l'accepte pas et persiste à penser (comme les hommes) en termes d'esprits distincts les uns des autres, se place de lui-même en dehors de la Réalité : dans les ténèbres du dehors.

Dieu étant esprit et le logos étant la fonction de l'esprit, Jean a donc écrit que le logos était Dieu. Comment aurait-il pu écrire autre chose ? Comment concevoir un esprit sans fonction – c'est-à-dire, qui ne fonctionne pas ? Explicitant le début de la Genèse, il écrit donc :

Au commencement était le logos, et le logos était Dieu.
Par lui tout a paru, et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru. †40

Mais, si le disciple que Jésus préférait a écrit ce texte essentiel, c'est parce que Jésus a soulevé pour lui le voile qui recouvrait alors l'ancienne Alliance. Qui est Jésus ? Le texte placé au second point d'entrée – le prologue du Quatrième évangile – l'explique : il est le logos devenu chair †41. Par lui le monde a paru, et le monde ne l'a pas connu. Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu… †42

L'incarnation du logos constitue-t-elle un mystère de plus ? Comment l'esprit peut-il s'introduire dans le monde qu'il a créé et y fonctionner ? Petits enfants, dites-vous que ce que vous faites en dormant, Dieu peut aussi bien le faire ! La comparaison suivante (mais en est-ce vraiment une ?) va vous permettre de comprendre : quand une personne rêve, ne lui arrive-t-elle pas de se représenter dans son propre rêve et d'y vivre toutes sortes d'aventures et de mésaventures ? Voire de voler dans les airs ou de ressusciter les morts ?

Pour rendre compte de ce mystère, Jean a donc entrelacé avec le début de son prologue une autre information : « le logos était auprès de Dieu ». Ce qui permettra dès lors au logos, ainsi localisé, de s'éloigner en apparence de Dieu et d'entrer dans sa propre création…

Au commencement était le logos,
et le logos était auprès de Dieu , et le logos était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
Par lui tout a paru, et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru. †43

Dieu a donc dit : « Que la lumière soit », et la lumière fut… posée – premier effet et premier niveau du logos. Après cette opération, pour acquérir l'apparence de la réalité, la lumière se devait encore d'être évaluée : Dieu vit que la lumière était bonne – second effet et second niveau du logos. Conséquence de cette fonction diversifiante (si une chose est bonne c'est qu'une autre est mauvaise) : Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. †44

Et la Création se déroula ainsi jusqu'au septième jour, grâce au fonctionnement d'une machine à créer les univers qui – par les séparations qu'elle induit – ressemble à un arbre binaire : l'arbre de la connaissance du bien et du mal.

D'abord poser, puis évaluer, pour conférer par dichotomie un être en dépendance mutuelle à la nouvelle entité. Compte tenu de l'incommunicabilité de l'Être †45, l'évaluation ne donne à l'objet que l'apparence de la réalité : il paraît être, puisqu'il est qualifié, caractérisé. Mais il ne faut pas y regarder de trop près (pas de danger de ce côté-là !), car, si l'on s'inspire de l'étymologie du verbe paraître, l'objet paru est soumis à un autre, il est dépendant. C'est-à-dire qu'à son apparition, il ne vient pas au monde seul, mais toujours accompagné de son pendant. L'un n'étant rien sans l'autre, puisque :

TOUTES CHOSES VONT PAR DEUX, L'UNE EN FACE DE L'AUTRE,
et il n'a rien fait qui déroge [à cette règle]. †46

Malheureusement, l'Homme et son pendant féminin n'en tiendront pas compte. Influencés par la Bêtise et l'Ignorance, ils consommeront indûment du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal et s'attacheront (sous l'effet de l'Idolâtrie) à des créations qui n'existent qu'en interdépendance. Tels des apprentis sorciers, ils poursuivront sans rien y comprendre la création divine, s'imaginant découvrir chaque jour de nouveaux objets – découvrir et non créer – puisque, emportés par leur idolâtrie galopante, ils ne soumettront jamais à une analyse rigoureuse les choses qui emplissent le ciel et la terre, ces entités qu'ils imaginent réelles et qui ne sont que les contrecoups de leurs évaluations frénétiques, les échos de leur logorrhée.


Voilà, petits enfants ; vous touchez au terme du chemin aussi resserré qu'abrupt par lequel jadis des violents s'emparèrent du royaume des Cieux †47. De ce lieu-dit du Chas de l'Aiguille – désespoir des riches plus encore que des chameaux †48 – contemplez le fabuleux Champ du Trésor Caché †49. À vous il a été donné de connaître les mystères du royaume des Cieux. †50 Vérifiez à présent que vous êtes suffisamment enfants †51 pour passer par la Porte Étroite †52, car ce n'est qu'ainsi que vous pourrez prendre avec vous cette Perle de Grand Prix †53 :

Il n'y a qu'un seul Dieu, le Père,
de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes,
et un seul Seigneur, Jésus Christ,
par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. †54

Resplendissement de sa gloire et empreinte de sa substance,
ce Fils qui porte toutes choses par sa parole puissante †55

est l'image du Dieu invisible, le chef de toute la création,
parce qu'en lui ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre,
les visibles et les invisibles...
Toutes choses ont été créées par lui et pour lui,
et il est avant tout, et toutes choses subsistent en lui†56


Car c'est de Lui, et par Lui, et pour Lui que sont toutes choses. †57


LE SEIGNEUR, C'EST L'ESPRIT. †58


Le cinquième sceau est maintenant brisé.




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